ROOM 1015
Parfums d'une nostalgique liberté

Marche arrière. Une grosse limo, vitres teintées et d’un noir rutilant, avec des chromes qui vous crachent à la gueule, s’arrête devant le 8104 Sunset Strip. Pola sépia et arrêt sur image. C’est le temps de rembobiner une vielle cassette avec un crayon à papier. Une époque où le Continental Hyatt Hotel aka ‘Riot House’ était ‘the place to be’.

Les seventies – décennie de sauvagerie totale pour tout groupe de rock qui se respecte. L.A. comme une étape obligée. Entre deux concerts, il y a dans toute bible du manager trois évangiles à ne jamais transgresser : une nuée de fans en épilepsie totale dans le lobby de l’hôtel ou plus souvent dans l’ombre d’un lit défait, le tour rider à suivre à la lettre (24 pages pour l’unique présentation des yaourts de Metallica) et l’art de défoncer sa chambre d’hôtel. Lieu de débauche et de nihilisme.

La rumeur raconte que les chambres des Holliday Inn avaient une fâcheuse réputation d’être aussi ennuyeuses que destructrices de l’âme. Mettez des fauves en cages, à force de tourner en rond ils finissent par ne plus se retenir. Ils sont tous ‘born to be wild’. Alors, les meubles valsent, les extincteurs se vident, les lits craquent et les murs se lézardent. C’est ça le rock n roll enflammé quand la chaleur de la Californie fait courber les palmiers et brûler la gomme des pneus. Y’a comme une envie de tout casser. De tout renverser.

Le Riot House a souvent tremblé mais n’a jamais chuté. En 1972, ce ne fut pas le cas du poste Tv de la Room 1015 qui atterrit dix étages plus bas sur un coin de parking. Keith Richards et Bobby Keys – le sax de l’époque des Stones – ayant trouvé qu’il ne marchait pas assez bien. C.Q.F.D.

Ce sont aussi les motos dans les couloirs, la piscine du roof top débordant de mousse, Jim Morrisson se balançant au-dessus du vide, les batailles épiques de Keith Moon des Who… Ou plus emblématique encore le christique Robert Plant qui se prend pour Dieu face au Sunset Strip avec sa chevelure d’ange, ses bracelets népalais et son t-shirt étriqué, persuadé qu’il a enfin trouvé le ‘Stairway to heaven’.

Années électriques et opiacées. Démesurées, sans foi ni loi et sans tabou. Libération sexuelle et amour universel. Mais avant tout métronome d’une explosion créative sans précédent. Imaginez que la chanson ‘Motorhead’ fut écrite par Lemmy Kilmister un soir de relâche à la Riot House.

Dr Mike - ROOM 1015Dr. Mike, Créateur de Room 1015

La room 1015 demeure encore aujourd’hui un lieu de recueillement ; nostalgie d’une époque de liberté absolue où trainent toujours les odeurs de sueurs, de cuir, de fourrure, d’alcool, de feuille de patchouli cramé, d’intérieur de flight case…

Les Eagles ont chanté ‘Hôtel California’ et sa part du diable. Il y eut certainement des démons indomptés dans toutes les chambres d’hôtel de San Francisco à Las Vegas, d’Hollywood à Venice Beach. Mais peut-être pas autant que dans la Room 1015.